Femme moderne – partie II

Vendredi soir, je suis allée à l’Aire commune, une terrasse extérieure entre deux terrains vagues du Mile-End où de jeunes professionnels mettent leurs plus beaux habits pour jouer à la pétanque. J’avais Lé sur la hanche gauche et une petite bière dans la main droite.

L’ambiance était bonne, une DJ faisait aller son beat électro et les gens avaient l’air tout droit sortis d’un magazine de mode. Puis, une bulle m’est passée par la tête. Ce moment où tu te retires de la réalité l’instant d’une réflexion. Où le 4e mur s’érige et que les autres deviennent les acteurs de ta propre pièce. Soudainement, je m’ennuyais du temps où je pouvais ne penser à rien d’autre qu’à mes vêtements, mon rouge à lèvres et ma prochaine photo de profil. La frivolité de pouvoir faire ce que je veux, quand je le veux, me manquait.

C’est un drôle de sentiment que celui de ne pas se sentir libre tout à fait. Je dis « tout à fait », parce qu’on l’est, libres, mais c’est l’esprit qui est constamment occupé. On se retrouve malgré nous à pratiquer une demi-écoute parce qu’on ne veut pas manquer un seul signe de faim, de fatigue ou de détresse. On est à demi présentes. À demi nous. Malgré tout, j’étais heureuse d’être là avec la plus belle chose de l’univers dans mes bras.

On est rentré pas trop tard pour coucher le p’tit dans son lit. Je pouvais y retourner après, profiter de la soirée à l’extérieur, danser et peut-être boire quelques verres comme dans le temps. Je m’imaginais mettre un kit hipster chic et du rouge à lèvres corail pour me donner l’impression, l’espace d’une soirée, que j’avais encore 20 ans.

Une fois bébé endormi, j’ai exprimé ma petite nostalgie à mon amoureux qui partageait mes sentiments doux-amers envers notre vendredi soir nouveau genre. On s’est collé et on a jasé longtemps pour se rappeler comme d’habitude à quel point notre vie était parfaite as is. On était heureux d’habiter à Montréal et d’avoir des endroits si chouettes où rencontrer des gens par ces chaudes soirées d’été. On était deux demi-humains épuisés, mais débordants d’amour comme quatre.

La bière et la fatigue accumulée ont commencé à réellement se faire sentir. Je me suis déshabillée et j’ai regardé mon kit hipster chic dans la garde-robe. J’entendais encore le beat électro en sourdine dans mes oreilles qui voulait me rappeler le fun que j’aurais probablement là-bas. Je me suis servi un verre d’eau et je me suis étendue un instant.

Les draps de bambou se sont enroulés autour de moi sans m’aviser et me donnaient l’impression de baigner dans de la crème fouettée. J’ai capitulé. Même pour toute la modernité du monde, jamais au grand jamais je ne troquerais une bonne nuit de sommeil pour une partie de pétanque. Je suis allée regarder Lé dormir. Il avait sa face d’ange, celle si parfaite qu’on l’aurait dite sculptée dans de la plasticine. J’ai fermé la porte et je me suis sentie entière à nouveau.

 

 

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