Femme moderne – partie I

Je viens de coucher le p’tit et je n’ai qu’une chose en tête : boire un verre d’eau. À force de lui souffler dans le visage et de ravaler mon désespoir face à ce petit humain en crise, j’ai la langue sèche comme si j’avais léché un cornet de sable. Je ne sais plus pourquoi il pleurait — hurlait, devrais-je dire. Il perce sept dents en même temps, est en poussée de croissance, est fatigué. En tout cas, il n’a pas faim. J’ai vérifié.

La vie de maman en congé de maternité est un paradoxe intéressant. On délaisse notre carrière pour laver des taches de nourriture digérée à l’OxyClean™, calmer des crises de larmes parfois obscures et abandonner toute trace de cette féminité à laquelle on s’accrochait du bout des doigts lorsque notre ventre plein nous rappelait la présence d’un chambreur au creux de nos entrailles. Après une année à avoir dont profité du moment présent et vu grandir la chair dodue de notre chair tout aussi dodue, on retourne au travail récupérer une partie de dignité qui fait de nous une femme moderne.

Une femme moderne.

Je me demande souvent ce que signifie cette expression. N’est-ce pas un euphémisme? Être une femme de son temps, selon mon expérience, c’est vivre une existence de constante contradiction. On ne se contente plus d’avoir une famille, on veut aussi une carrière et une liberté d’action. On rêve d’une maison de campagne, avec des poules et de la ciboulette, le tout à un jet de pierre d’une station de métro. On veut construire un monde meilleur, réduire nos déchets, nous déplacer à vélo et manger bio, mais on chiale dans le trafic et on jubile à l’idée d’un rabais au Costco. À force d’avoir tout, est-ce qu’on n’est pas un peu plus perdues, au fond?

Une femme moderne est une femme d’opinions. Nous avons une opinion sur tout et nous sommes fières de l’exprimer. Certaines en abusent à la machine à café ou accumulent des opinions préfabriquées. J’ai lu un titre d’article l’autre jour, dans un grand journal dont j’ai oublié le nom, qui disait que boire du vin réduit les risques d’avoir le cancer. Depuis, je bois du vin tous les soirs. Il faut ce qu’il faut, c’est mon opinion.

Être une femme « de son temps », c’est aussi ne pas tenir pour acquise la courtoisie chevaleresque. Si un homme devant moi ne me retient pas la porte d’un magasin, c’est qu’il me traite tout simplement d’égal à égal. Il ne cherchait pas à me protéger ni à me séduire. Bravo pour ton féminisme! Je peux maintenant utiliser ma propre force pour ouvrir la porte au rebond en gardant la tête haute.

La femme moderne cherche à élever les autres femmes, à célébrer la différence et à délaisser pour de bon cette compétitivité malsaine cultivée à la petite école à cause du beau Samuel. Je suis vraiment pour ça, le respect entre femmes, mais ce n’est pas tout le monde qui pense pareil. L’autre matin, une femme que je suivais de près à la porte de la station de métro a fait exprès de m’ignorer. Elle a retenu la porte de son petit bras faible pour se glisser tel un spaghetti dans la craque de deux pouces. Bitch.

Aussi, on veut que notre voix s’élève avec celles des autres pour les causes qui nous tiennent à cœur. L’appropriation culturelle, pas pour nous! On condamne haut et fort les tresses africaines en voyage à Cuba et jamais vous ne nous verrez déguisées en Pocahontas à l’Halloween… What? Le yoga et les sushis sont maintenant considérés comme produits de l’appropriation culturelle? *soupir* Merci beaucoup Lena Dunham.

Être une femme empreinte de modernité, c’est difficile. On est constamment déchirée entre a) fonder une famille et b) tout abandonner pour partir à Bali et tomber amoureuse d’un surfeur australien qui s’appelle John. Une fois que bébé est sorti, c’est plus difficile d’entrevoir un choix. Mais on ne s’arrête pas là. On se convainc qu’on n’est pas trop poquée et on continue à vaquer à nos activités habituelles avec bébé, comme si notre vie n’avait pas vraiment changé.

Mais tout a changé, n’est-ce pas?

2 Comments

  1. Oui tout est vrai, former une famille amène un lot de changements! De façon positive, pensons à l’amour de notre conjoint, de nos enfants, de leur besoin de nous. Tout l’avenir de notre progéniture. Si on se pose là questions; serions-nous capable de se passer de cette vie d’amour et de mouvements! Oui le beau loft, les beaux vêtements et la fameuse tranquillité. Peut-être la campagne avec les poules et la ciboulette mais seule et personne qui nous aime inconditionnellement. Ou un conjoint sans famille! Je ne sais pas car je possède ce qu’il y a de plus précieux, une belle famille. Maintenant comment s’y prendre pour que ce soit plus facile. Là est toute la question. Pensons-y…………

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