Mon récit d’accouchement : l’art du lâcher-prise

Le 5 novembre 2017, à 4 h 49, je mettais au monde mon premier enfant, Léon. Après 3 mois et demi, me voilà enfin prête à vous livrer l’incroyable aventure de mon accouchement. Je me rappelle qu’enceinte, je lisais tout plein de récits d’accouchement en essayant tant bien que mal de visualiser à quoi ressemblerait le mien. J’espérais de tout cœur accoucher naturellement, sans épidurale, dans le confort d’une chambre privée à la lueur de chandelles et au son d’une petite musique yogique. Hé bien, vous comprendrez que ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé!

Il était environ 22 h 30 lorsque j’ai senti un gros coup, non douloureux mais soudain. Comme une balloune d’eau qui rencontre une aiguille et qui crève en faisant « poc ». Je venais de commencer à perdre mes eaux, comme ça, dans mon lit, en plein sommeil. Disons que je ne me suis pas réveillée de bonne humeur ni en douceur d’un long rêve paisible. J’ai commencé à crier de douleur, à scander le nom de mon chum qui était à l’autre bout du condo et qui ne m’entendait pas. Je dois dire que je suis le genre à avoir la voix coupée quand j’ai mal… Je me suis levée et j’ai essayé de trouver mon chum tout en me vidant de ce liquide chaud et transparent dans une douleur profonde que j’arrivais mal à maîtriser.

Je ne me rappelle de pas grand-chose, à vrai dire. Mon chum est sorti en urgence de la salle de bain, s’est mis à assembler les derniers trucs qui manquaient, est allé chercher l’auto. Les secondes paraissaient des minutes et les minutes, des heures. Heureusement que nous habitons à moins de 5 km de l’hôpital! Quand je pense à ma belle-mère, qui a dû faire 1 h 30 de voiture pour se rendre, je me considère chanceuse, mais bon. Dans le moment présent, je sacrais à chaque lumière rouge.

J’ai eu l’occasion d’accoucher au nouveau CHUM, fraîchement ouvert depuis octobre 2017. Par contre, la nouveauté entraîne son lot de problèmes, surtout dans le système de santé public. Il devait être 23 h quand nous nous sommes présentés par le stationnement des « urgences périnatales ». Il faisait sombre et il n’y avait personne à l’entrée, à l’exception d’un garde de sécurité qui semblait ne pas avoir encore lu sa description de tâches. Aucune chaise roulante, aucune indication. J’ai donc pris l’ascenseur jusqu’au 9e étage en m’accrochant de peine et de misère au bras de mon chum qui avançait pour deux.

Là, c’est encore pas mal flou. On dit qu’on oublie facilement notre accouchement pour pouvoir être capable de faire d’autres enfants. C’est quand même vrai. Je me suis fait raconter quelques anecdotes par mon chum, comme notre arrivée au comptoir de l’étage d’obstétrique qui a (encore) fait les frais du récent déménagement. La petite dame semblait être trop relaxe au moment où je voyais ma vie me défiler sous les yeux. Entre deux contractions interminables, j’ai crié « MAIS QU’EST-CE QU’ELLE FOUT?! » Et il m’a répondu : « Elle a oublié son mot de passe… » Visiblement mal à l’aise et voyant que j’étais sur le point de vouloir pousser dans le corridor, elle a remis mon inscription à plus tard.

À partir de là, ça a déboulé tellement vite que j’en ai encore le vertige. J’avais des contractions chaque minute, donc je n’avais aucun répit. En une demi-heure, je suis passée d’une dilatation de 6 cm à 8 cm. Le médecin et les infirmières avaient du mal à suivre le rythme. J’ai rapidement demandé l’épidurale et ça a pris un bon 20 minutes avant que l’anesthésiste soit disponible. Si j’avais attendu plus longtemps avant de la demander, je n’aurais très probablement pas pu la recevoir, tant le travail avançait rapidement. Heureusement, la drogue a eu le temps de faire son effet et j’ai finalement pu me reposer un peu. Le médecin m’a ensuite dit qu’on attendrait 2 heures avant de pousser, question de laisser le temps à mon bébé de descendre de lui-même et à mon corps de lui faire un passage sans trop de dégâts. Quand je suis arrivée à 10 cm, l’heure était venue de commencer à pousser. Mais, à cause de l’épidurale, je ne sentais presque pas mes contractions et mes poussées étaient inefficaces. On a alors dû m’administrer du pitocin, l’hormone qui stimule les contractions. Alors là, rebonjour les grosses contractions douloureuses du début, mais cette fois aux 30 secondes!

Après 2 heures de poussée, le médecin trouvait que bébé Léon et moi, on s’épuisait. Son petit cœur commençait à décélérer et moi je n’avais presque plus de force. La solution : les fameux forceps. Eh oui… Le médecin est allé aider petit pou à sortir, pour le meilleur et pour le pire. Une épisio et l’usage des forceps plus tard, me voilà avec un bon bobo (3e degré pour les intimes). Mais je m’en foutais sur le coup. J’avais mon Léon sur moi, vivant et épuisé d’avoir travaillé si fort. Tandis que mon Plan de naissance était tombé aux oubliettes, j’avais au moins la chance d’avoir mon bébé en peau à peau pendant environ 2 heures. Je me rappelle très bien de ce moment. Le poids de son petit corps tout chaud sur ma poitrine, mes mains qui voulaient l’envelopper au complet, son odeur unique, indescriptible. Je venais de mettre une vie au monde et de sortir de moi un petit humain que j’allais chérir, protéger et aimer inconditionnellement.

Petite anecdote : cette nuit-là, on devait reculer l’heure. Les horloges du nouveau CHUM étaient (on le sait maintenant) programmées pour reculer automatiquement. Personne n’était au courant et un employé est donc venu faire le changement manuellement dans la pièce où j’accouchais. Le médecin, qui se demandait depuis combien de temps je poussais, essayait de deviner qu’elle était la vraie de vraie heure. C’était un vrai casse-tête! Du 4 au 5 novembre, il s’en est passé des choses. L’élection de la première mairesse de Montréal (pour laquelle je n’ai pas pu voter) et le couronnement de GSP comme champion des poids moyens de l’UFC… Ça, je le sais parce que c’était le sujet de conversation de mon médecin et mon copain pendant la finalisation de mes points de suture haha! Léon est né après 7 heures et demie de travail et cette petite boule d’amour de 6,14 lb a changé nos vies à jamais.

(Photo: Caroline Perron Photographies)

14 Comments

  1. Tout un talent pour le récit ! J’ai tout vécu avec toi comme si c’était moi qui accouchait. Comme tu le dis si bien, c’est un mal qui s’oublie…. heureusement ! Je vais te suivre ma belle Émilie et j’ai hâte de lire la suite de cette merveilleuse et passionnante histoire d’amour 👶🏻

  2. Caroline Pilote Répondre

    Les larmes me montent aux yeux tellement tu m’as fait revivre mon propre accouchement. C’est vrai q’on en perd des bouts mais au final le plaisir d’avoir dans nos bras cette petite boule chaude, fragile nous remplie tellement de joie… Bravo Émilie pour ton texte , j’ai hâte à la suite .

  3. Oh wow! Quel beau récit! Tu as une magnifique plume ma belle Émilie. Bisous à toute la famille xx

  4. Tellement bien écrit! C’est comme si j’y étais! J’ai enfin su ce qui s’était passé entre le texto de Gab vers 23h00, qui m’écrit : On part pour l’hôpital…, et le petit matin, où n’en pouvant plus de m’imaginer le pire et n’importe quoi, j’ai finalement osé ce petit texto : Pis?😁… Et c’est à ce moment, que je suis devenue grand-maman! Bébé était avec maman et tout allait bien! LE BONHEUR💕
    Mes trois accouchements font partie des souvenirs qui me sont les plus chers. Ce fût les trois plus belles rencontres de ma vie!
    ❤❤❤ Heureuse que tu puisses toi aussi vivre ces beaux moments!😚
    Maman xxx

    • Émilie Répondre

      C’est fou comme ça marque une existence, ces moments-là. Et comme je te l’ai dit à l’hôpital, je t’admire d’avoir passé par là 3 fois! 🙂 Merci MOM. <3

  5. Je te lis,les yeux pleins d’eau , c’est tellement bien écrit qu’on le vit avec toi ! J’aime bien ton petit côté humoristique aussi..

  6. Salut, un petit mot tout simplement pour te dire que ton blog est génial ! Chacun de tes articles sont riches en informations et on ne s’ennuie pas en les lisants. J’ai été contente de découvrir ton blog.
    Jo,
    A bientôt https://joetsoncarnet.fr

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